Chapitre 5 : L'inquiétude grandissante
Quelques jours plus tard…
La journée a été longue, et je me retrouve allongé sur mon lit, téléphone en main, prêt à discuter avec Emmy. Comme toujours, la conversation commence de manière légère. On parle de choses et d’autres, nos petites routines quotidiennes, les aléas de la vie étudiante. C’est devenu un rituel, une sorte d’échappatoire que j’attends avec impatience.
- Emmy (message) : “Alors, comment s’est passée ta journée ? Rien de trop ennuyeux, j’espère ?”
Je souris en voyant son message. Il est rare que quelque chose de vraiment excitant se passe dans ma journée.
- Moi (message) : “Rien de spécial. Quelques cours, un entraînement de hockey. Classique.”
- Emmy (message) : “Hockey ? Ça a l’air cool ! Et c’est quoi le nom de ton équipe ?”
- Moi (message) : “Je préfère garder ça pour moi pour l’instant 😉.”
- Emmy (message) : “Pas de problème, et sinon, tu vis seul ou avec ta famille ?”
Je suis légèrement surpris par ses questions. C’est la première fois qu’elle s’intéresse à ma vie privée d’une manière aussi directe. Je réponds sans trop y réfléchir, essayant de rester vague.
- Moi (message) : “Je vis avec mes parents et ma sœur. Rien de très excitant là-dedans 😅.”
Il y a une petite pause avant que son prochain message n’arrive, et je me demande si elle est simplement curieuse ou si elle cherche à en savoir plus pour une raison précise.
- Emmy (message) : “Oh, une sœur ? Elle est plus jeune ou plus âgée que toi ? Qu’est-ce qu’elle fait dans la vie ?”
Je fronce les sourcils, étonné par son intérêt soudain pour Emma. C’est un sujet que je n’aborde pas souvent, surtout pas ici. Pourtant, je décide de répondre, restant tout de même sur la défensive.
- Moi (message) : “Elle est plus jeune, et dans les études. Pourquoi cette curiosité soudaine ?”
Son prochain message arrive rapidement, presque comme si elle s’attendait à ma question.
- Emmy (message) : “Juste de la curiosité 😊. J’aime bien savoir à quoi ressemble la vie des gens avec qui je parle. Ça m’aide à les connaître mieux.”
Je me sens légèrement mal à l’aise. Pour une raison que je n’arrive pas à expliquer, je n’ai pas envie d’entrer dans les détails sur Emma. Peut-être parce que ça rendrait tout ça trop réel, trop proche de ma vie quotidienne. Je décide de changer de sujet, mais doucement, pour ne pas paraître trop brusque.
- Moi (message) : “Parlons d’autre chose, tu veux bien ? Tu m’avais dit que tu avais un projet à finir aujourd’hui, comment ça s’est passé ?”
Il y a un instant de silence, assez long pour que je me demande si elle a remarqué mon détournement. Mais lorsqu’elle répond, c’est avec la même légèreté qu’avant, comme si elle avait accepté mon changement de direction sans problème.
- Emmy (message) : “Oh, ça s’est bien passé, finalement. C’était plus de travail que je ne pensais, mais je suis contente du résultat.”
Je laisse échapper un léger soupir de soulagement, content que la conversation soit revenue sur un terrain plus familier.
Le lendemain de ma conversation avec Emmy, je retourne à ma routine habituelle. La journée se déroule sans encombre, entre cours et entraînement de hockey. Ces moments me permettent de m’échapper de mes pensées, de me concentrer sur quelque chose de tangible, de physique. Mais à mon retour à la maison, la réalité de ma vie familiale me rattrape.
En entrant dans la cuisine, je trouve ma mère en train de préparer le dîner. L’odeur familière du plat mijotant sur la cuisinière me réconforte, mais je remarque immédiatement son regard pensif, comme si elle était préoccupée par quelque chose. Elle m’invite à l’aider, un geste habituel qui, je le sais, cache souvent une conversation plus sérieuse.
- Maman : “Brice, tu peux m’aider à éplucher ces carottes ?”
Je m’approche, prenant un économe, et commence à éplucher en silence, sentant qu’elle a quelque chose à dire. Elle soupire légèrement avant de parler, un signe qu’elle réfléchit à ses mots.
- Maman : “Tu sais, Brice… J’ai remarqué que toi et Emma n’êtes plus aussi proches qu’avant. Vous étiez inséparables quand vous étiez petits…”
Je continue d’éplucher, mais je sens mon cœur se serrer un peu. C’est vrai, Emma et moi avons pris des chemins différents en grandissant, mais l’entendre de la bouche de ma mère rend la réalité un peu plus dure à avaler.
- Moi : “Ouais, on a grandi, c’est normal, non ?”
Elle hoche la tête, mais son regard reste pensif, presque mélancolique.
- Maman : “Je me souviens d’un été, tu devais avoir 10 ans et Emma 7. Vous passiez tout votre temps ensemble. Il y avait cette cabane que vous aviez construite dans le jardin. Tu te souviens ?”
Je souris légèrement en y repensant. Cette cabane était notre petit royaume, un endroit où le monde extérieur n’existait pas.
- Moi : “Oui, je m’en souviens. On y passait des heures, c’était notre refuge.”
Elle sourit, mais son regard devient plus sérieux.
- Maman : “Vous étiez si complices… Mais ces derniers temps, je ne sais pas… Je sens une distance entre vous. Emma a l’air tellement stressée, et je m’inquiète pour elle. Est-ce que tu as remarqué quelque chose ?”
Je reste silencieux un instant, réfléchissant à ses paroles. Emma est stressée, c’est certain, mais je ne peux m’empêcher de penser à ce qu’elle m’a confié récemment. Elle rate ses cours, et je ne sais toujours pas ce qu’elle fait de ses journées. Cette pensée me trouble plus que je ne veux l’admettre.
- Moi : “Je sais qu’elle est un peu stressée, oui… Elle m’a dit qu’elle avait du mal à suivre en ce moment.”
Ma mère hoche la tête, un soupir d’inquiétude échappant à ses lèvres.
- Maman : “J’espère juste qu’elle va bien. Vous avez toujours été là l’un pour l’autre… Peut-être que tu pourrais lui parler un peu plus, lui montrer qu’elle n’est pas seule.”
Je me sens coupable en entendant ces mots. Peut-être que je n’ai pas assez été présent pour Emma ces derniers temps, trop absorbé par mes propres préoccupations. Mais la vérité, c’est que je me demande de plus en plus ce qu’elle fait réellement lorsqu’elle n’est pas en cours. Ses réponses évasives, son absence inexplicable… Tout cela m’inquiète plus que je ne le laisse paraître.
- Moi : “Je vais essayer, maman. Je lui parlerai.”
Elle me sourit doucement, posant une main sur mon épaule avant de reprendre la préparation du dîner.
- Maman : “Merci, Brice. Ça me rassure de savoir que vous vous soutenez. Vous comptez beaucoup l’un pour l’autre, même si vous ne le montrez pas toujours.”
Je hoche la tête, mais en réalité, mon esprit est déjà ailleurs. Les paroles de ma mère continuent de résonner en moi, et je me rends compte que je dois vraiment découvrir ce qui se passe avec Emma. Pas seulement pour rassurer notre mère, mais parce que je m’inquiète sincèrement pour elle. Quelque chose ne va pas, et je ne peux plus l’ignorer.
Je me souviens de la dernière fois que je suis entré dans la chambre d’Emma. Ça fait plus d’un an maintenant. À l’époque, on partageait encore facilement nos pensées, et on était vraiment proches. Mais depuis qu’elle a commencé ses études, elle a transformé sa chambre en un sanctuaire inviolable. Personne, même pas nos parents, n’a le droit d’y entrer. Elle trouve toujours une excuse, affirmant qu’elle a besoin d’intimité ou qu’elle est trop occupée. Ce changement soudain, cette distance qu’elle a mise entre nous, ça me hante.
Après avoir discuté avec maman, je sens que je dois faire quelque chose. Mais je sais que je ne pourrai pas entrer dans sa chambre pour lui parler directement. Alors, je prends mon téléphone et je lui envoie un message, espérant que ça ouvrira un dialogue.
- Moi (message) : “Hey, Emma. Ça fait longtemps qu’on n’a pas vraiment parlé… Maman est inquiète pour toi. Elle aimerait que tu te confies un peu plus… “
J’appuie sur “envoyer” et je reste assis sur mon lit, fixant mon téléphone. Le silence de ma chambre devient de plus en plus oppressant à mesure que les minutes passent. Je repense à notre complicité passée, et ça rend cette attente encore plus pénible. Avant, elle répondait toujours instantanément. Maintenant, c’est comme si elle avait érigé un mur infranchissable entre nous.
Après ce qui me semble être une éternité, mon téléphone vibre enfin.
- Emma (message) : “Je vais bien, pas besoin de s’inquiéter.”
Je fronce les sourcils en lisant sa réponse. C’est trop vague, trop évasif. Ce n’est pas la Emma que je connais. Ce simple message ne suffit pas à me rassurer. Alors, je décide d’insister, espérant qu’elle finira par s’ouvrir un peu plus.
- Moi (message) : “Tu sais, les études, c’est important. Il faut bien travailler pour gagner le d’argent. Tu devrais te concentrer sur tes cours.”
Le silence qui suit est encore plus long, plus lourd. Mon impatience se transforme en frustration. Pourquoi Emma ne veut-elle plus parler ? Pourquoi cette distance ? Je me demande ce qu’elle fait de ses journées, si elle ne va pas en cours comme elle l’a laissé entendre.
Enfin, une nouvelle vibration. Elle a répondu.
- Emma (message) : “T’inquiète pas pour moi, je sais ce que je fais.”
Je relis le message plusieurs fois. “Je sais ce que je fais.” Qu’est-ce que ça veut dire, exactement ? Je ne trouve aucun réconfort dans cette réponse. Au contraire, ça ne fait qu’accentuer le malaise que je ressens depuis un moment. Elle me cache quelque chose, c’est évident, mais quoi ? Et pourquoi refuse-t-elle de se confier, même à moi ?
L’échange s’arrête là. Je reste assis sur mon lit, le téléphone toujours en main, fixant l’écran comme si je pouvais trouver des réponses dans les quelques mots qu’Emma m’a envoyés. Les doutes et les inquiétudes me tourmentent, et je me sens impuissant. Plus j’y pense, plus je réalise que je suis de plus en plus déconnecté de la vie de ma sœur, incapable de comprendre ce qui se passe réellement derrière ces portes fermées.
